dimanche 6 mars 2016

Ode aux bourgeons qui poussent


A l'ombre du grand arbre à plumes,
Les jeunes filles, étendues, hument
Dans l'air frais d'un matin charmant,
Comme l'odeur d'un air du temps.
C'est cet arbre, pas encor' plante,
Que, pourtant, tant de songes hantent.
Sa pousse déchire l’écorce,
Et le goudron, pour sortir, force.

Cet arbre, dont les bourgeons poussent
Derrière un long drap blanc de mousse,
Discret, dans cet immense bois,
Timide fée, que nul ne voit.
Invisible, mais fascinant,
Des couleurs pétantes, pourtant,
Vêtent le petit arbrisseau
D’un grand manteau, près d’un ruisseau.

Une frange de feuilles vertes,
Surplombant deux nids, petits, certes,
Abrite tous leurs habitants,
Volant la nuit tombée, chantant
Des mélodies, qui nous inspirent,
Des lubriques pensées, les pires.
Tel une héroïne de conte,
J'ouïs ce grondement, qui monte.

L’écorce fine et délicate,
Et brune, telle une peau mâte,
Transporte notre esprit ailleurs,
Et notre corps vers notre cœur.
Nos mains la façonnent et la sculptent,
S'en inspirent, lui vouent un culte,
Et la caressent tendrement,
Sentant ses moindres tremblements.

Dans un spasme plein de puissance,
Elle se met à couler, l'essence.
La sève de l'arbre liquide
A le goût d'un philtre de druide,
Et la couleur sucrée du miel.
L'arbre à plumes déploie ses ailes,
Tandis que jaillit son beau lait
Aux saveurs douces, et puis salées.

Bientôt, le tronc sera tranché,
Et remplacé par des tranchées.
En attendant, la sève pleure,
Et l'arc-en-ciel plein de couleurs,
Du noir, et jusqu'au violet,
A vu l'arbrisseau violé.
La pupille s'est bien ouverte
Sur la couche de mousse verte.

Et, face à l'Infini, la mort inoffensive...

Louis-Egoïne de Large, octobre 2012

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