A
l'ombre du grand arbre à plumes,
Les
jeunes filles, étendues, hument
Dans
l'air frais d'un matin charmant,
Comme
l'odeur d'un air du temps.
C'est
cet arbre, pas encor' plante,
Que,
pourtant, tant de songes hantent.
Sa
pousse déchire l’écorce,
Et
le goudron, pour sortir, force.
Cet
arbre, dont les bourgeons poussent
Derrière
un long drap blanc de mousse,
Discret,
dans cet immense bois,
Timide
fée, que nul ne voit.
Invisible,
mais fascinant,
Des
couleurs pétantes, pourtant,
Vêtent
le petit arbrisseau
D’un
grand manteau, près d’un ruisseau.
Une
frange de feuilles vertes,
Surplombant
deux nids, petits, certes,
Abrite
tous leurs habitants,
Volant
la nuit tombée, chantant
Des
mélodies, qui nous inspirent,
Des
lubriques pensées, les pires.
Tel
une héroïne de conte,
J'ouïs
ce grondement, qui monte.
L’écorce
fine et délicate,
Et
brune, telle une peau mâte,
Transporte
notre esprit ailleurs,
Et
notre corps vers notre cœur.
Nos
mains la façonnent et la sculptent,
S'en
inspirent, lui vouent un culte,
Et
la caressent tendrement,
Sentant
ses moindres tremblements.
Dans
un spasme plein de puissance,
Elle
se met à couler, l'essence.
La
sève de l'arbre liquide
A
le goût d'un philtre de druide,
Et
la couleur sucrée du miel.
L'arbre
à plumes déploie ses ailes,
Tandis
que jaillit son beau lait
Aux
saveurs douces, et puis salées.
Bientôt,
le tronc sera tranché,
Et
remplacé par des tranchées.
En
attendant, la sève pleure,
Et
l'arc-en-ciel plein de couleurs,
Du
noir, et jusqu'au violet,
A
vu l'arbrisseau violé.
La
pupille s'est bien ouverte
Sur
la couche de mousse verte.
Et,
face à l'Infini, la mort inoffensive...
Louis-Egoïne de Large, octobre 2012

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